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    3 - Les bières de maïs, de manioc et de patate douce.

     

    CariosAprès quelques 250 lieues (env. 1000 km)[1] de navigation sur les fleuves depuis le Rio de la Plata, les Espagnols arrivent chez les Carios. L'abondance de vivres espérée existe bel et bien. Les Carios cultivent le maïs et plantent le manioc et la patate douce. Ils sont à la fois agriculteurs et horticulteurs. Ils savent également faire de l'hydromel. Leurs villages construits sur des collines sont très peuplés et leur territoire très étendu : 300 lieues (env. 1200 km) dans toutes les directions selon les estimations de Schmidel. Les Espagnols utilisent Lambaré, une des villes des Carios établie sur le fleuve Paraguay, qu'ils rebaptisent Asunción[2].

     

    Localisation des Carios « Après avoir été forcés de quitter cette nation, nous arrivâmes chez les Carios, qui habitent à cinquante mille des Aygais. Nous y trouvâmes, grâce à Dieu, et comme on nous l’avait dit, des provisions en abondance, du blé de Turquie ou maïs, des patates, racines qui ressemblent aux pommes et qui ont à peu près le même goût; d'autres racines nommées mandioch pobior, qui ont un goût de châtaigne. Les Carios fabriquent du vin [bière] avec le mandeboere [manioc]: ils ont aussi de la viande, du poisson, des cerfs, des sangliers, des autruches, des moutons du pays, presque aussi grands que nos mulets, des poules, des chèvres et des lapins. On y trouve beaucoup de coton, et du miel avec lequel les habitants préparent une boisson fermentée. » (Schmidel, Chap. XX, Des Indiens Carios, 85-86)

     
     

    Ce tableau concis du mode de vie des Amérindiens Carios dépeint une société opulente dont l'alimentation repose, à côté de la chasse et de la pêche, sur la culture du maïs, du manioc et de la patate douce. Ces trois plantes leur fournissent de quoi brasser de la bière toute l'année. On présume que la vie sociale des Carios réserve une place centrale aux boissons fermentées, et leur accordent une signification symbolique très forte. Malheureusement, ni Schmidel ni les autres témoins de ces premiers contacts ne verront l'intérêt de décrire autre chose que les apparences corporelles, les manières de combattre ou l'alimentation des amérindiens.

     
     

    Localisation des Indiens GuaranisA propos des Guaranis et leurs voisins qui occupaient une vaste région comprise entre la côte atlantique et le fleuve Paraguay, nous disposons des descriptions d’Alvar Nuñez qui traverse leur territoire en 1541 par voie de terre. Faute de pouvoir aborder avec ses 400 soldats dans la baie du Rio de la Plata jugée trop dangereuse depuis la destruction du campement de Buenos Ayres, le gouverneur débarque sur l’île de Sainte Catherine (actuelle province brésilienne de Santa Catarina), puis sur la côte en vue de rejoindre par voie de terre la ville d'Asunción sur le fleuve Paraguay. Il doit traverser d’Est en Ouest le territoire des Guaranis. Son récit corrobore celui de Schmidel. Les Guaranis forment une population nombreuse divisée en ethnies mais unie par une même langue et un mode de vie très proche. Leur prospérité économique repose moitié sur la culture du maïs (2 récoltes annuelles), du manioc et de la patate douce, moitié sur la cueillette et la chasse.

     

    « Cette nation se nomme Guarani, ce sont des laboureurs qui, deux fois par an, sèment du maïs. Ils cultivent aussi des caçabi [cassabi = manioc] : ils élèvent des poules et des oies à la manière de l’Espagne. Ils ont dans leurs habitations beaucoup de perroquets. Ils occupent une grande étendue de pays, et tous forment une alliance.  » (Commentaires d'Alvar Núňez, 50)

     

    Les Guaranis disposent en abondance de quoi brasser diverses sortes de bière. Mais ce socle matériel ne suffirait pas à en faire un peuple de brasseurs si leurs mœurs n'impliquaient pas de nombreuses fêtes accompagnées de partage rituel de nourriture et de boisson. Fabriquer et boire de la bière sont au cœur de leurs coutumes.

    A propos de ces mêmes Guaranis que les Portugais nomment Tupinamba, Schmidel note au cours de son voyage de retour (voir carte) par le nord du Rio de la Plata l'année 1553 :

    « Ils passent les jours et les nuits à s’enivrer et à faire bonne chère : ils aiment beaucoup la danse. En un mot, ils mènent une vie si sauvage et si épicurienne, qu’il est difficile de l’exprimer ou de la décrire : ils sont fiers, orgueilleux et insolents. Ils préparent avec du blé de Turquie [maïs] une boisson fermentée [bière], dont ils s’enivrent comme si c’était le meilleur vin. Ils parlent la même langue que les Carios, à très-peu de différence près. » (Schmidel, Chap. LII, Ulrich Schmidel quitte le rio Parana, et continue son voyage par terre. Ce qui lui arrive chez les Toupins [Tupis / Guaranis]. 240-241)

     
     

    C’est ainsi qu’Alvar Núňez, ses indiens porteurs, ses 250 soldats, arbalétriers et arquebusiers, ses deux moines franciscains et ses 26 chevaux vont pouvoir traverser forêts et rivières jusqu’à Asunción (1000 km à vol d’oiseau), nourris et abreuvés dans tous les villages guaranis qu’ils traversent :

    « On resta longtemps à franchir ces forêts qui étaient si touffues qu’on n’apercevait pas le ciel. Le 19 [décembre 1541] on arriva à un village de guaranis. Ces Indiens, leur chef, les femmes et les enfants vinrent jusqu’à deux lieux au-devant des Espagnols, en portant des vivres, des poules, des oies, du miel, du maïs, des patates, d’autres fruits et de la farine de pomme de pin dont ils préparent une grande quantité. » (Commentaires d'Alvar Núňez, 62)

    Il n'est pas dit si les indiens Guaranis savaient aussi faire de la bière avec la farine de pomme de pin.

     


    [1] Le mille ou lieu  espagnol (legua) valait à l'origine 5000 varas (0.84 m), soit environ 4.2 km (2.6 miles). Cette unité peut aussi valoir 5,6 km.
    [2] Les récits des conquistadors espagnols fourmillent d’actes de fondation de villes. Le plus souvent, ils se contentaient de planter une croix et de donner un nom chrétien à des cités existantes, construites et habitées par des Amérindiens depuis longtemps. Le témoignage de Schmidel est édifiant sur ce point. Il décrit les villages fortifiés amérindiens construits sur des collines, donne leur taille approximative, et estime à 3000 en moyenne le nombre de leurs habitants.
    Auteur : Christian Berger
    Dernière mise à jour le 27/11/13
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