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    Dao : Quête d'Immortalité et ambivalence de la bière.

     

    Dao-caoshu

    Le Taoïsme, Dao (piyin dàojiào) « enseignement de la voie », est à la fois une religion et une philosophie formées en Chine il y a 2500 ans. Le Taoïsme prône la quête individuelle de la sagesse. Mais il a également porté, aux cours des siècles, des pratiques collectives religieuses et de véritables organisations religieuses. La sagesse est pour les taoïstes un mouvement vers l’harmonie que l’adepte cherche en plaçant son cœur et son esprit dans la Voie (le Dao), pour retrouver l’authenticité primordiale des êtres. La nature produit spontanément les « dix mille êtres » dans une sorte de passivité féconde. A son imitation, l’esprit humain, libéré des contraintes que l’homme s’est imposé à lui-même, peut « chevaucher les nuages ».

    Le Canon taoïste (Daozang) se compose traditionnellement de deux livres écrits vers le 4ème siècle av. n. ère, que divers courants et traditions enrichiront. Le Dao De Jing (Tao Te Ching), Livre de la Voie et de sa Vertu, compile des aphorismes attribués à Laozi (Lao-tseu). Son interprétation n’a cessé d’évoluer au fil des siècles. Le Zhuangzi (Tchouang-tseu), du nom de son auteur, est un recueil de fables dialoguées et riches d’enseignement profond écrites par un saint sans ambition, dégagé des contraintes sociales.

    Les principaux concepts du Dao sont la Plénitude du vide, le Non-Agir et la civilisation comme maladie, eux-mêmes appuyés sur une cosmologie chinoise qui n'est pas spécifique du Dao, comme les concepts de Qi ("Souffle") et de Zaohua (le Qi "informe/transforme" indéfiniment le monde)[1].

     

    L’empire fondé par la dynastie Han (-206~220) hérite de la brillante période des Royaumes combattants (500~220) qui a connu d’extraordinaires développements intellectuels et culturels, une floraison d’écoles de pensée au nombre desquelles figurent le Dao, le confucianisme, le légisme, et bien d'autres. La catégorie « Dao » est forgée à cette époque par des lettrés soucieux de classer les documents et de constituer une bibliothèque officielle impériale. Ils nomment Dào jiā ou Dào jiào l’un de ces courants philosophiques et religieux, que la tradition fixera ensuite sous l’étiquette « école taoïste ». Mais le Dao n’a jamais été une école unifiée, une pensée codifiée ou une religion instituée.

    A partir de la dynastie Han, le taoïsme (recherche par/pour soi) se définit par rapport au confucianisme (recherche par/pour la société et les rites). Ces deux héritages du fond culturel chinois sont complémentaires, souvent perçus par les lettrés chinois comme deux moyens d’arriver au même but : l’individu sage et la société juste. On peut être « confucianiste le jour et taoïste la nuit ».

    Les Taoïstes développent des techniques mystiques, des idées médicales, une alchimie et des rites collectifs. Il faut, pour les comprendre, se rappeler que le Dao ne dissocie pas le Cœur et l'Esprit (Matière et Ame) comme la pensée dualiste occidentale. Le monde est un continuum qui passe sans fin du vide au plein, du vide aux choses et aux êtres formés. L’être vivant est un équilibre d’éléments matériels/spirituels (le corps et ses nourritures) et de plusieurs âmes formant 2 groupes : les 3 âmes supérieures hun et les 7 âmes inférieures po [2]. La mort dissocie ces éléments, brise leur équilibre et leur cohabitation. Séparées du corps, les âmes d’un être humain se dispersent : c’est la mort.

     

    La bière va poser aux taoïstes un cas pratique épineux. Brassée en Chine avec du millet, du riz ou du blé, il faut s'en abstenir, conformément aux canons de la diététique taoïste qui préconisent d'éviter les nourritures et boissons à base de céréales. Mais transformée en alcool, la bière ouvre l'âme et permet à l'homme de déchirer le voile qui enferme son esprit. Il peut alors entrevoir la plénitude du Dao. Entre préservation du corps et expérience spirituelle, quelle voie suivre ? Quels moyens choisir ?

     

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    [1] Robinet Isabelle 1991, Histoire du taoïsme, des origines au XIVe siècle, 9-11. 
    Isabelle-Robinet-Histoire-Du-Taoisme

    [2] Outre ces âmes, l’homme abrite son esprit (shen), sa volonté, son essence séminale (jing) et 24 esprits lumière (Robinet, 112).