• Histoire Générale

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    Le mythe de la bière spontanée.

     

    La bière n'est pas le fruit du hasard !

     

    Du moins la bière selon notre définition technique (définition de la bière). Les chasseurs-cueilleurs ne se muent pas en brasseurs-buveurs de bière sans maîtriser les sources d'amidon (grains/tubercules), sans acculturer les boissons fermentées, sans modifications profondes des rapports sociaux et des manières de boire, sans un approvisionnement régulier en amidon pour brasser et consommer, année après année, la boisson fermentée qui soude le groupe et véhicule une part de sa logique sociale.

     

    La plupart des sociétés "primitives" à forte tradition brassicole (amérindiennes, africaines ou asiatiques) se racontent l'apparition simultanée de l'agriculture/horticulture et de la bière au travers de mythes fondateurs. Le don ou le sacrifice d'une divinité ou d'un(e) ancêtre apportent aux humains les plantes vitales, les techniques (feu, poterie, vannerie, etc.) et la merveilleuse boisson fermentée. La mise en scène du couple grains-bière s'insère dans de plus vastes cosmogonies où les humains passent de l'existence sauvage à la vie civilisée. Ces récits mettent l'accent sur le caractère non-spontané de la bière. Elle n’était pas là avant les hommes [1]. La bière et les plantes cultivées sont issues d’une même geste créatrice, suivie d’une acculturation, d’une transformation de la part des humains.

     

    La bière n'est jamais pensée par ces sociétés comme une banale boisson trouvée par hasard sur le bord du chemin, mais comme une source d'humanisation.

    L'anthropologie traduirait : la bière et tout ce qui caractérise sa fabrication et ses "manières de boire socialisées" sont une construction culturelle propre à chaque société humaine, pas un accident biochimique. Une culture humaine doit posséder un certain niveau de complexité économique et sociale pour intégrer la bière comme boisson culturelle dominante. Cette complexité est atteinte en Chine et au Proche-Orient il y a environ 9.000 ans par des communautés agricoles déjà évoluées, au plan technique comme culturel. D'après les données archéologiques disponibles à ce jour, il existe un décalage chronologique entre les premières domestications de plantes amylacées et les premières traces de bière. Les raisons d'un tel "retard" de la brasserie par rapport aux seules conditions technologiques ne peuvent relever que du développement social. Une bière paléolithique d'avant les premières sociétés néolithiques n'en devient que plus chimérique. La bière pourrait figurer parmi les produits (au sens large) de la seconde révolution néolithique (Sherrat 1987). 

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    [1] Pour certains mythes, la bière a son origine dans une boisson naturelle enivrante bue par des animaux. Dans ce cas, le mythe insère toujours une séquence technique humanisante : la bière des hommes imite tout en modifiant la « bière » spontanée de la forêt et la gestuelle animale.