• Histoire Générale

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    Le contrôle des tavernes et des échoppes à bière.

     

     

    Le fonctionnement et l’aménagement des débits de boisson nous valent d'entrevoir le contexte social et les manières de boire en Inde, il y a plus de 2000 ans. La consommation d’alcool est encadrée mais également favorisée, car source de revenus pour l’administration locale et provinciale.

    « De peur que les ouvriers gâchent le travail en cours, que les Aryas (hautes classes sociales) atteignent à leur décence et leur caractère vertueux, et de peur que des trouble-fête commettent des actes indiscrets, la bière (surā) doit être vendue à des personnes de caractère bien connu en petites quantités comme un quart (0,052 kg) ou ½ kudumba (0,103 kg), 1 kudumba (0,206 kg), ½ prastha (0,412 kg) ou 1 prastha (0,825 kg). Ceux qui ont bonne réputation et sont de caractère pur peuvent emporter de la bière (surā) hors de l'échoppe. »

    Peser la bière surprend l’esprit occidental qui attend des unités de volumes pour mesurer les liquides. A l’époque Maurya, le système indien de mesure des volumes se réfère au poids. Mises à part les raisons techniques et mathématiques qui ont présidé à ces choix dans l’Inde ancienne, la pesée de la bière se justifie. Elle est semi-liquide quand son brassage utilise la technique du ferment amylolytique. Matières solides et ferments coexistent pour que la saccharification et la fermentation alcoolique se produisent simultanément. On peut supposer que la bière-surā est également conservée à l’état de bouillie jusqu'au moment de sa vente, et donc de sa pesée par le collecteur. On ne sait rien de son éventuelle filtration ultérieure.

     

    L’Arthashastra explique ensuite comment un lieu de vente de surā devient un point de contrôle policier :

      « Ou tous peuvent être contraints de boire l'alcool (surā) à l'intérieur des échoppes et ne pas avoir le droit de bouger tout de suite pour déceler des objets tels que des dépôts fermés, des dépôts non scellées, des produits donnés pour réparation, des articles volés et similaires, que le client peut avoir acquis par des moyens frauduleux. Quand ils se retrouvent à posséder des articles en or et d'autres ne leur appartenant pas, le surintendant doit s'ingénier pour les faire arrêter à l'extérieur du magasin. De même ceux qui sont trop extravagants ou dépensent au-delà de leur revenu peuvent être arrêtés. »

     « Les débits de surā doivent avoir beaucoup de pièces munies de lits et de sièges placés à part.
      La salle à boire doit avoir de l’encens, des guirlandes de fleurs, de l’eau et d’autres choses agréables selon les différentes saisons.
      Si les clients en état d’ivresse perdent quoique ce soit de leurs affaires, les marchands du débit de boisson ne doivent pas seulement compenser la perte, mais aussi payer une amende équivalente.
     
    »

     

    On comprend avec ces derniers paragraphes que le tenancier de l’établissement est responsable du lieu, mais des brasseurs ou marchands de bière viennent de l’extérieur vendre sur place leurs boissons et leurs plats. Tous sont responsables en cas de vol, complices ou pas.

    L'Arthashastra justifie la torture pour la sécurité de l'empire ou en cas de crime. Seuls, les membres de la classe Brahmanas échappent à cette mesure, mais portent la marque infamante au fer rouge. La marque-symbole du crime d'ivresse commis par un brahmane imite un drapeau, celui qui signale un lieu de vente de bière :

    « Quelle que soit la nature du crime, aucun délinquant Brahmane ne sera torturé. Le visage d'un brahmane condamné sera marqué au fer rouge pour laisser une signe montrant son crime : le signe d'un chien en cas de vol, celui d'un corps dans tête en cas de meurtre; celui d'un organe féminin (bhaga) en cas de viol de l'épouse d'un maître-enseignant, et celui d'un drapeau de vendeur de bière s’il a bu de l'alcool» (Livre IV, chap 8. Procès et torture pour susciter des confessions.)

    Les tavernes et débits de bière sont en effet signalés par une sorte de drapeau ou étendard de forme caractéristique. Les Brahmanes ne devaient pas boire d'alcool, ou du moins être vus en état d'ébriété.

    Le Jaïnisme et le Bouddhisme reconduiront cette proscription pour les moines qui suivent les enseignements, a fortiori pour ceux qui les enseignent (Bouddhisme et abstinence d'alcool).

     

    Le versant policier de la politique impériale transparaît dans la gestion des tavernes et de leurs clients. La consommation des boissons fermentées et de la bière en particulier est l’occasion de surveiller les déplacements de la population et d’espionner les buveurs et buveuses de bière :

    « Des espions à demeure dans les débits de boisson doivent vérifier si la dépense engagée par les clients de l’échoppe est ordinaire or extraordinaire, mais également s’ils sont étrangers. Ils doivent aussi vérifier la valeur des vêtements, bijoux, ornements et or des clients couchés ici en état d’ivresse. »
    « Les marchands assis dans des pièces à demi-fermées devront observer l’apparence des clients locaux ou étrangers qui, Aryas véritables ou déguisés, se reposent ivres en compagnies de leurs belles maîtresses. »

     

     

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