• Histoire Générale

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    Royaumes paléo-babyloniens de l'ancienne Syrie.

     

     

    Le rôle central de la brasserie dans les sociétés orientales est attesté depuis le 4ème millénaire, de la Susiane (ancien Iran) jusqu’à la Méditerranée, de l’Anatolie jusqu’au golfe persique. La bière est une boisson quotidienne, une boisson cérémonielle et cultuelle, la matière des offrandes aux dizaines de divinités des panthéons mésopotamiens. La bière et le pain sont distribués sous forme de rations aux soldats, aux ouvriers des domaines agricoles, au personnel des palais.

    Elle si ancrée dans l’univers matériel et mental mésopotamien qu’elle inspire des croyances et des rites très variés parmi toutes les catégories sociales, du plus modeste laboureur jusqu’au roi et ses prêtres. Cette omniprésence de la bière a générée des milliers de tablettes cunéiformes, des cachets, des pierres inscrites, des sceaux imagés, des poteries de brassage, des coupes et des chalumeaux à boire.

    La fonction économique et sociale de la bière perdure pendant le second millénaire. Elle se renforce même dans le Nord, l’actuelle Syrie. Les archives palatiales syriennes en témoignent. Ce sont, comme au millénaire précédent, des comptabilités détaillées de ce qui entre, sort et se consomme dans les palais et les sanctuaires. Cette vision au jour le jour de ce qui s’est vraiment passé, sans obscurcissement littéraire, nous mène au cœur vivant de la vie quotidienne réelle des habitants.

    La géographie des boissons dans la Syrie du second millénaire est souvent caricaturée. Le Sud mésopotamien serait adonné à la bière et le Nord syrien au vin (Syrie, Liban, cités-états du Levant). La bière est en réalité dominante partout. Le vin n’est que la boisson d’une élite réduite qui en fait l’objet d’un commerce et d’un luxe.

    Au second millénaire, la culture akkadienne est forte en Syrie. La langue akkadienne sert de lingua franca. L’écriture, les systèmes comptables, les tablettes cunéiformes, l'archivage des documents, toutes ces technologies sophistiquées empruntent à la grande culture akkadienne et progressent sur ses très anciennes fondations. Ceci nous vaut d’avoir retrouvé quelques archives palatiales importantes datées des 18ème et 17ème siècles. Elles se répartissent dans toute la région (voir carte), depuis les rives de la Méditerranée à l’ouest jusqu'aux berges du Tigre à l'est. Ces palais et les villes qui soutenaient leur autorité politique correspondent à d’anciens royaumes syriens : 

    • ­Alalah et Emar en Syrie occidentale
    • Shubat-EnlilChagar BazarTell Brak et Qattarâ dans le triangle du Khabur (au nord de l'Euphrate)
    • MariTell Biya sur le Moyen-Euphrate
    • Gasur (21ème siècle) et Nuzi (16-15ème siècle) sur la bordure orientale de la plaine mésopotamienne

     

    Samsi Addu

     Royaume de Samsi-Addu au début du 2ème millénaire. ROYAUMES en majuscules rouges, CAPITALES en majuscules noires, autres villes en minuscules noires.

     

    Intégrée au Croissant fertile, la Syrie est une région de céréaliculture très ancienne. Les précipitations annuelles y dépassent 250 mm, le seuil de sécheresse. Il n'est pas indispensable d'irriguer les champs. Sauf dans le bassin du Khabur, partiellement irrigué au second millénaire, on pratique partout une agriculture sèche avec une seule moisson  par an. Là où abondent l’orge et le blé, la brasserie s’épanouit.

    La géographique physique syrienne est surdéterminée par des structures politiques et urbaines très anciennes (voir Habuba Kabira). Les sociétés qui émergent en Syrie vers 2500 (Ebla, Mari, …) sont complexes et hiérarchisées. Les minorités dirigeant ces petits royaumes conservent leur pouvoir grâce à leur pouvoir économique. La concentration des surplus (silos des sanctuaires et des palais), la mobilisation d’une main d'œuvre louée, servile ou dépendante, le contrôle des terres, des échanges à longue distance (bois, pierres et métaux) confèrent aux céréales et à leurs dérivés un rôle stratégique. La bière fait partie des produits céréaliers dont l'importance grandit dans la gestion économique et social de ces royaumes. La bière est au cœur d'un système élaboré de rations en nature distribuées aux personnes qui servent les nouveaux pouvoirs palatiaux.

    Les archives syriennes dessinent une brasserie dépendante de l'économie locale. Ici, un gestionnaire-brasseur coordonne les tâches et la gestion des grains (récolte, aires de battage, stockage, maltage). Là, des brasseuses fournissent la table du roi. Ailleurs, les brasseurs s'activent autour du palais et dans les bourgades. Les campagnes militaires ne se font pas sans mobiliser des brasseurs qui brassent la bière des soldats. La distribution de bière respecte la pyramide sociale. Les grands dieux protecteurs reçoivent leur part.

    Tout ceci pourrait être dit et montré à propos des royaumes du Sud mésopotamien. La Syrie offre en revanche une caractéristique originale de peuplement.  Entre l’Euphrate, le Tigre et les contreforts anatoliens nomadisent des pasteurs-éleveurs de moutons. Ils sont en contact saisonnier étroit avec les céréaliculteurs des vallées fertiles (Euphrate, Balih, Habur, Tigre, Petit et Grand Zab, Diyala).

    Quelques documents inestimables de cette époque entrouvrent une fenêtre sur les rencontres épisodiques entre cultivateurs-brasseurs et pasteurs-fromagers. La bière n’est pas absente de leurs échanges.

     

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