• Histoire Générale

    world history

    La bière du sédentaire, le lait du pasteur semi-nomade.

     

    Il est courant de faire des peuples de pasteurs semi-nomades des buveurs exclusifs de lait et d'eau, voire du sang des bovins comme chez les peuples vivant dans les savanes d'Afrique orientale. Pas de boissons alcooliques parmi eux, mais l'usage d'excitants ou de psychotropes végétaux. Les éleveurs semi-nomades ignoraient-ils la bière et la manière d'en faire avec des grains ou des racines amylacées ? L'absence des stocks d'amidon (grains, racines, tubercules) résultant de leur mode de vie prive-t-elle ces peuples des occasions de consommer de la bière ?

    Sur la longue durée de leur histoire, la plupart des pasteurs semi-nomades buvaient de la bière, en brassaient après le troc de grains auprès des cultivateurs. Car ces pasteurs vivent en symbiose avec les agriculteurs. Ce tableau très général doit être expliqué et nuancé selon les continents, les époques et les cultures. Le pasteur n’est pas un nomade errant. Il parcourt périodiquement dans la steppe des circuits précis. Son existence est dominée par le cycle annuel de ses troupeaux qui le ramène à son point de départ. Ces vastes boucles le mettent en contact périodique avec les agriculteurs pour échanger viande, fromage, peaux, tendon et corne contre grain, bière, tissu, corde, poterie et parfois fourrages.

    Le pasteur est-il brasseur ? En général non, sauf épisodiquement quand il troque assez de grains ou quand la complémentarité économique ou politique avec les cultivateurs sédentaires se renforce. 

    Quelques exemples :

    • Les "fils de gauche" et "fils de droite" à Mari (Moyen-Euphrate du second millénaire avec J.C.) sont des éleveurs de moutons. Ils consomment de la bière à l'occasion de grands rassemblements coutumiers ou de mobilisation militaire. Mais la bière est brassée sur les réserves royales. Les brasseurs sont des akkadiens employés par le palais ou les gouverneurs locaux. Les nomades boivent de la bière mais ne la produisent pas.
    • Les Mongols à l'époque des grands Khanats boivent trois sortes de boissons fermentées. Rubrouck et la fontaine des 3 boissons (koumiss - bière - vin)
    • Les Peuls ne boivent pas de bière, sauf quand ils fréquentent les communautés urbaines. Rien après leur conversion à l'islam
    • Les Nomades du nord de la Chine. Les Han entretiennent avec les Xiongnu du Nord des rapports conflictuels. Les Traités d'échanges prévoient de la bière et du malt, notamment, pendant les périodes de paix relative (Brasserie de l'empire Han). Les éleveurs des plateaux tibétains échangent des chevaux et des peaux contre des grains sous les dynasties chinoises des Jin, des Sui, des Tang et des Song.
    • Les peuples restés agriculteurs sédentarisés du Caucase sont en contact au nord avec les vastes steppes eurasiennes allant de l'Ukraine à l'Altaï. Elles sont peuplées de pasteurs depuis que les Scythes issu de la culture dite d'Andronovo ont abandonné l'agriculture au profit du nomadisme pastoral au 8ème siècle av. J.C. Les Ossètes, issus du peuple Alain, témoignent de ces oscillations entre la vie nomade des pasteurs et la vie sédentaire des agriculteurs buveurs de bière.

     

    Les échanges économiques et techniques entre pasteurs et agriculteurs sont nombreux. Ils ont en partie influencé la brasserie. Les boissons traditionnelles des pasteurs sont des laits fermentés (du type koumiss des Turco-Mongols). Elles se rattachent au monde des fermentations lactiques. L'usage massif de ferments lactiques a fait évoluer les bières des agriculteurs vivant aux marges de ces mondes steppiques vers des formes acidulées. La frontière devient mince entre une bière brassée par la méthode de l'hydrolyse acide et une décoction de grains à peine fermentée, assimilée à une nourriture. Ces régions historiques d'échanges intense entre les cultures pastorales et céréalicultrices ont été jusqu'à présent négligé par l'histoire de la bière.

     

     >