• Histoire Générale

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    Les premiers surplus de grains: Oueili et Samarra.

     

     

    La très longue période d'Obeid débute vers 6500 sur les bords du golfe persique. Les villages néolithiques forment des structures sociales égalitaires. On gère en commun, on se rassemble dans des bâtiments collectifs. L’habitat du 7ème millénaire, relativement uniforme, reflète l'égalité des conditions d'existence. Les tombes, le mobilier domestique et l'habitat ne manifestent aucune différenciation matérielle ou ornementale. Au sein de communautés réduites et parmi des populations éparses, personne n'accapare les outils, la terre et l'eau. Les territoires inoccupés absorbent sans entrave ni conflit la très lente croissance démographique.

     

    sumerian-village-southern-marshes.Le village d'Oueili, parmi des centaines de hameaux encore enfouis sous les limons du Tigre et de l'Euphrate, rapporte les modestes débuts des communautés d'agriculteurs de la région, parmi les plus anciennes du monde avec les communautés du Hebei en Chine. Elles exploitent ce sud irakien humide mais hospitalier, à une époque où le delta ne s'est pas encore mué en vastes marécages. Porteurs des mêmes acquis techniques que la culture contemporaine de Samarra (6200-5700) qui s'épanouit en Mésopotamie centrale, les groupes obeidiens édifient en briques moulées leurs maisons collectives. L'une d'elle est structurée en salles et occupe plus de 240 m2.

     

    Un second bâtiment repose sur un quadrillage de briques dont chaque carré vide mesure 60 cm de côté. Au-dessus de cette grille sanitaire maçonnée sont étendues des nattes de roseaux. C'est une réserve de grains que sa structure protège de l'humidité  [1]. 

     

    Ces larges silos primitifs (80 m2) soulèvent la question de l'origine des premières agglomérations. Une unité de mesure standardisée, l'emploi de briques moulées, une structure fonctionnelle soigneusement conçue et bâtie au centre du site : autant d'indices d'une volonté de rationaliser l'habitat collectif par des plans architecturaux. La spécialisation de bâtiments modulaires centralise la gestion des grains. Dès la fin du 7ème millénaire, des communautés d'agriculteurs se réunissent autour de leurs greniers collectifs. Ils conservent l'orge et le blé, élèvent porcs et bovidés, connaissent le lin et le palmier-dattier dans le Sud. Le mouvement est lancé. Brassent-ils de la bière ? Pas encore semble-t-il.

    Entre 5900 et 5300, la dynamique remonte le Tigre et l'Euphrate jusqu'à la bordure anatolienne. En témoigne le tell Kurdu fouillé dans la vallée de l'Amuq. Calculi, cachets, "étiquettes" de stockage et divers scellements d'argile retrouvés dans un bâtiment central suggère sa fonction administrative et une gestion collective des ressources. La découverte d'une multitude de grains carbonisés indique l'importance de la culture des céréales. Les premiers essais d'agriculture irriguée ont déjà vu le jour à Tell es-Sawwan et surtout Tchoga Mami, dans les contreforts du Zagros (Iran). Blé-emmer, orge à 6 rangs, engrain, blé tendre et lin composent les cultures de base. Des traces de canaux larges de 2 à 10 m entourent ce village. L'irrigation augmente les rendements. Certaines constructions de Tchoga Mami, avec leurs plans de fondation en grille, sont des greniers plus petits que les maisons. Mais ces réserves de grains campent au centre du village, symbole concret de la communauté. Les grandes maisons collectives, interprétées trop vite comme des "temples", abritent et objectivent une grande part de la vie sociale.

     

    Ces deux évolutions, l'une technique (le grenier), l'autre sociale (la maison collective), sont des marqueurs essentiels pour la protohistoire de la brasserie. Sans la capacité technique d'accumuler des grains pour dépasser la stricte survie alimentaire, la brasserie n'avait aucune chance d'émerger comme activité permanente. Sans une nouvelle organisation sociale capable de gérer ces surplus, sans le système de pensée qui invente et fixe des pratiques sociales, boire une boisson fermentée n'aurait tout simplement pas sa place parmi les hommes, alors même que les moyens matériels de sa fabrication seraient réunis. Au sein des premières communautés agraires, la constitution des réserves de grains, leur affectation au brassage, la confection de la bière et le boire ensemble sont soumis aux décisions économiques collectives, aux moyens techniques, aux mécanismes sociaux et rituels de consommation. Rien de spontané ni d'accidentel. Jamais une goutte de bière ne fut bue sans être socialement "alambiquée".

     

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    [1] Forest J. D. 1996, OUEILI Travaux de 1987 à 1989 (Ed. Jean-Louis HUOT) ERC. Oueili et les Origines de l'architecture obeidienne. Et Eléments de chronologie sur le site obeidien d'Oueli.