La bière dans les rites agraires et cultes de fertilité.

 

Née des céréales ou des tubercules amylacés, la bière accompagne les rituels qui ponctuent le cycle agricole annuel, les célébrations de la fertilité et les prières aux esprits de la végétation. Dans ce dossier passionnant de son histoire, la bière joue un double rôle. Elle est une preuve tangible de la fertilité effective (boisson des grains/tubercules récoltés de l’année) et le symbole de joie-sociabilité (bière = ivresse). Pas de bière sans amidon offert par la nature généreuse, pas de partage social de cette abondance matérielle sans son véhicule concret, la bière.

Fertilité réactivée chaque année.

Issue des puissances germinatives de la terre et des grains, la bière est la boisson d’offrande aux divinités agraires. La bière est versée en libation au sol, sur des autels ou des bétyles. Le grain issu de la terre y retourne sous une forme liquide et fermentée. Le fil conducteur va du grain mort au grain germé, du malt régénéré à la boisson fermentée. Du grain au malt, du malt à la bière de l'année, de cette bière à la promesse des futures moissons. Le brassage de la bière simule le grand cycle de la nature renaissante (printemps), généreuse (été), rejouissante (automne) et endormie (hiver).

La bière inspire des rites propitiatoires effectués à chaque étape du cycle agraire : préparation/réveil de la terre, labourage/semailles, moisson, stockage des grains et fin de la soudure. 

Fermentation magique et ivresse débordante.

La boisson fermentée tirée du grain nouveau est promesse de surabondance et d’ivresse. Les greniers sont pleins. La bière coule à flots. Son bouillonnement fait écho à l’allégresse collective que les hommes veulent partager. Un second thème surcharge le thème primitif et agraire de la surabondance. Selon le calendrier agricole ou astral, la communauté célèbre l’année défunte et l’avènement de la nouvelle. Le passage de l’année est une renaissance, au sens littéral. Les défunts rencontrent les vivants. La célébration annuelle semble quitter le domaine agraire pour la spéculation cosmique. Il n’en est rien. Des festivités bien réelles sont célébrées depuis des millénaires qui mêlent la joie agraire et la fête des morts. Chaque fois, la bière matérialise le trait d’union : lien entre les vivants (festivité annuelle des prémices) ou banquets funéraires entre défunts et vivants.

Il faut en toute rigueur dissocier ces deux aspects des célébrations cycliques : fête typiquement agraire et rites funéraires.

On doit également ne pas confondre cet unique rendez-vous annuel (la nouvelle année) avec la succession des rituels proprement agraires que les agriculteurs adressent aux divinités locales du sol pour les prier de faire pousser les grains semées ou les racines enfouies.

Ces rituels agraires et ces grandes fêtes collectives ont quitté l’univers mental de l’homme moderne « agro-alimenté » dont la devise est : « Ce que je mange ne dépend ni de mon travail, ni de mes efforts à me nourrir ni  de mes succès  agricoles». Il en va autrement dans les sociétés agraires traditionnelles. Je mange et bois cette année ce qui a été cultivé l’année précédente par moi et ma communauté. De la réussite agricole actuelle dépend la survie collective demain. C'est dans cette logique vitale que la bière révèle toute son importance à la fois matérielle et  sociale. Son rôle  historique  est évidemment plus large et fondamental qu'à l'époque moderne qui réduit la bière à sa fonction désaltérante.

Nos exemples de rites agraires appartiennent à la civilisation sumérienne il y a 5000 ans et aux peuples de l'empire Inca il y a 500 ans. Mais nos choix auraient pu aller vers l'Afrique ou l'Asie. Toutes les sociétés traditionnelles, anciennes ou actuelles, offrent de tels exemples. De futurs articles de Beer-Studies enrichiront ce vaste dossier.

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15/01/2012  Christian Berger